« Il suffit d’un rien ». Itzhak Goldberg

Huile sur papier, 2021. 110 x 75 cm.

Il suffit d’un rien. Il suffit de caresser la couleur pour qu’elle dégage une vibration de sensualité discrète. Il suffit de tracer des stries qui, entre tension et fluidité, sillonnent ou creusent les surfaces. Il suffit d’une luminosité à peine perceptible qui surgisse des fonds mats pour que les plages noires, proches du monochrome, perdent de leur certitude. Il suffit de privilégier les transparences pour que les œuvres irradient et s’animent.
Malgré l’importante quantité de traits ou de signes qui flottent sur ces feuilles de papier, pas de saturation ni de carambolage. Les connexions, les liaisons, se perdent et réapparaissent sans cesse mais ce qui pouvait être dispersion se révèle densité légère et mouvante.
Des signes ? Plutôt une fausse écriture ou des idéogrammes improvisés, qui séduisent sans se laisser déchiffrer, qui plongent le spectateur entre plaisir et frustration, face à un secret dont il ne capte que le murmure. Des signes qui s’élèvent ou s’étirent, ne nous informent de rien, sinon de leur existence, de leur délicatesse, de leur vulnérabilité. « C’est en somme une écriture dont il ne resterait que le penchement, la cursivité, cela tombe, cela pleut finement, cela se couche comme des herbes », remarque Roland Barthes au sujet de Cy Twombly.

Une série, les travaux de Philippe Fontaine ? On pourrait le croire tant ces images partagent un caractère semblable et portent une sorte de signature picturale de leur créateur. Toutefois, si la série semble contester à chaque toile la possibilité d’exprimer un sentiment particulier et personnel, les œuvres ici gardent une expression propre et individualisée, comme si le même n’arrivait jamais que différent. Peu bavard, le peintre semble chercher cette « révélation » en affirmant : « Usant de mes pinceaux sans bouleversement ni chaos, je poursuis mon chemin et me dit qu’en cela la nouveauté pourrait être en chaque œuvre ». Interrogé, il préfère le terme de suite, car pour lui la série a un début et une fin et frôle la narration.
Quoi qu’il en soit, il faut chercher loin pour trouver les mots adéquats face aux travaux de Fontaine. Pour les décrire avec justesse, il faut se passer des figures de rhétorique galvaudées, de termes aussi vagues qu’invisible et indicible, et demeurer d’une économie extrême. Pas très étonnant, car ses dessins et ses huiles semblent former un jardin clos, un univers silencieux, d’où rien ne s’échappe. L’artiste ne nous facilite pas la tâche en ne titrant pas ses travaux. Les œuvres s’expriment par la seule plénitude de leurs vertus plastiques, laissant ainsi toute latitude à l’imagination et au désir du spectateur.
Mais, peut-être, il faut se résigner « qu’il n’y a rien ici à révéler, nul secret à éventrer, sinon celui, diffus, partagé, qui fait les œuvres plastiques que l’on n’oublie pas ; quelques-chose sans nom, dont l’effet tient autant à l’ellipse qu’à la minutie du trait qui l’approche »
(Fabrice Gabriel)

Itzhak Goldberg, octobre 2021, à l’occasion de l’exposition à la Galerie Univer

Photo : Huile sur papier, 2021. 110 x 75 cm.